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De retour de La Grande Motte

AUJOURD'HUI > Isabelle Maldonado


De retour de La Grande Motte


Je tiens à remercier de tout cœur mon compatriote inconnu pour sa lettre "A mes amis Patos...". Il a su exprimer par des mots vrais et très justes tout le poids de la rancœur refoulée que nous traînons depuis .un demi-siècle et que nous voudrions parfois, hurler, expectorer, afin que la Vérité éclate au grand jour.

J'ajouterais que, contrairement à d'autres régions, les Lorrains de Moselle nous ont bien accueillis en 1962, peut-être parce que eux-aussi ont vécu en 1939-45 la déportation en Allemagne, l'expulsion dans le Midi de la France où ils se sont fait traiter de "boches".  

Mais après trois ou quatre années, ils ont pu revenir dans leurs villages, dans leurs maisons et retrouver leurs cimetières intacts. Malgré cela, nous n'avons pas échappé à quelques réflexions, des âneries, comme : "Nous sommes les descendants d'anciens bagnards et d'anciennes prostituées... avec toujours la même rengaine, nous accusant d'avoir refusé un verre d'eau aux jeunes du contingent... d'avoir fait suer le fameux burnous...". Comme si les
nôtres, pour gagner leur pain quotidien, n'avaient pas mouillé leurs chemises et nos plus anciens n'avaient pas transpiré dans leurs "chalécos" (gilets) et leurs "fajas" (sorte de large ceinture).

Enfin, c'est notre génération qui a été sacrifiée... Pour ma part, je ne suis qu'une apatride, puisque même après cinquante ans en Lorraine, où j'ai essayé de m'adapter dans mon milieu de travail, de m'intégrer dans ma paroisse et après ma retraite dans des associations, je me considère toujours vivant en exil !... Bien que chaque année je retrouve à Calpe, en Espagne, ma mer Méditerranée, le beau ciel bleu, le soleil qui réchauffe mes vieux os, le jardin avec les lauriers roses, les bougainvillées, les hibiscus, cette belle végétation de pins, d'aloès, de lentisques, de palmiers nains et le fenouil et l'herbe qui poussent sur les bords des chemins, qui me rappellent ma terre natale... Je ne suis qu'une étrangère au pays de mes ancêtres Ibères.

Voilà pourquoi je ne remercierai jamais assez Robert de nous permettre de vivre à La Grande-Motte comme dans un rêve, avec la sensation parfois d'être encore là-bas... Chez nous.

Je continuerai avec un fait qui date du lundi de Pentecôte. Je me trouvais devant "Les Cyclades", vous regardant, vous les Aïn-El-Turckois, monter dans le car "de la S.O.T.A.C." pour vous rendre à Cournonterral. Certains me disaient : "Allez! monte ... Tu ne viens pas avec nous ?".  Je répondais : "Non, à mon âge, je préfère me reposer un peu car après le repas, nous allons prendre la route...". Près de l'escalier se tenaient plusieurs personnes avec leurs bagages, attendant probablement un taxi. J'ai su après que ces gens étaient de Marseille et avait passé quelques jours dans notre hôtel, les uns étaient d'origine malgache, d'autres vietnamienne. Après le départ du car, ils me demandent : "On ne comprend pas, expliquez-nous ? D'où venez-vous? Mais où habitez-vous? Vous qui êtes si nombreux ? Depuis deux jours vous ne cessez de vous saluer en vous embrassant, vous êtes tous joyeux... Vous vous connaissez tous? Vous semblez faire partie de la même famille ?....". Je réponds : "Exactement, nous formons ici une seule et grande famille". En résumant un peu, je leur raconte notre histoire. Très étonnés, ils cherchent à en savoir plus et disent : "C'est formidable !... On se posait la question, d'où viennent ces gens qui ont l'air si heureux de vivre ?..." .

Je pense vraiment que pendant ces trois journées, sans nous en rendre compte, nous donnons l'image biblique des premiers chrétiens, lorsqu'ils se réunissaient, la joie transparaissait de leurs visages et autour d'eux, l'on disait : "Voyez comme ils s'aiment...". J'aurais aimé dire à ces gens : "Oui! nous sommes tous de la même famille, de la même tribu, du même douar... Tous frères et sœurs, cousins et cousines...". Cela me rappelle un passage dans les Evangiles, où l'on annonce à Jésus : "Ta mère et tes frères sont là, dehors et te cherchent". Certains sautent encore sur cette occasion, sur cette phrase, pour dire que Jésus avait des frères ou des demi-frères... C'est n'importe quoi, alors qu'en réalité, nous savons bien que chez les Sémites, comme chez les musulmans de chez nous, dans les campagnes, tous les membres d'une même tribu, qu'ils soient frères, cousins ou petits-cousins, tous s'appellent "khouya" frère...

Donc, depuis 2001, permettez-moi de dire que pendant les trois journées de Pentecôte, nous sommes tous des "khouyas", des frères et des sœurs, que nous nous aimons tous bien plus que lorsque nous vivions là-bas à Aïn-El-Turck, car des liens très forts nous unissent maintenant.

Encore MERCI Robert, sans oublier Nicole, ton épouse, et tous les membres du Comité, qui inlassablement se dévouent pour réussir nos belles retrouvailles.

Isabelle MALDONADO
(La Lettre d'AÏN-EL-TURCK n° 21)

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Mis à jour le 29/10/2017
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