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La santé au village avant 1946

LE TEMPS D'AVANT > René Aniorté


Je ne pense pas être le seul à m'en souvenir, mais j'ai bien connu cette époque lointaine !!!

Le village n'avait alors, ni médecin, ni sage-femme. Par contre, celui de Mers-el-Kébir,  plus chanceux, en était pourvu.

Réussir à joindre les praticiens, devenait un problème quasi insurmontable. Heureusement, la solidarité entre les citoyens apportait toujours un début de solution. En effet, il existait peu de téléphones au village, peu de véhicules également, en dehors des charrettes et des chevaux (là, je me souviens de Victor PESSOLES, oncle de notre ami Gérard. Il prêtait sa voiture en cas d'urgence. Il n'avait qu'une exigence. Le conducteur devait être son mécanicien M. GARCIA, le père de notre ami Jean-Claude ).

Pour voir le médecin, il suffisait d'attendre son jour de passage. C'était, il me semble, un jour par semaine. Du coup, toutes les familles possédaient à la maison une "trousse de première urgence".

Chacun avait son stock d'aspirine magique. Elle permettait de faire face à tous les maux sans exception. Le vinaigre tenait également sa place. On l'utilisait en compresses bienfaisantes. L'"eau blanche" salvatrice, était usitée en compresses contrecoups et hématomes. Les verres à ventouses, savamment appliquées sur le dos, stoppaient toux et bronchites, si désagréables lorsque l'hiver sévissait. Le liniment Sloan utilisé en frictions énergiques et énergétiques avait raison des douleurs musculaires.

Les remèdes de "grands-mères" permettaient souvent d'attendre la venue du médecin. On conservait, dans du sucre cristallisé, de la graisse de poule que l'on chauffait et appliquait en compresses contre le mal de gorge. Un sucre imbibé de pétrole servait quelquefois de sirop contre la toux. Quant au sirop, il était fabriqué avec de petites pommes vertes de pin, cueillies aux "Pins VASSAS" ou à la Pinède, puis cuites dans un sirop de sucre. Contre certaines mystérieuses maladies, l'enveloppement d'oignons frits avait souvent raison du mal. Il restait encore les prières à ND de Santa Cruz ou la chandelle éclairée à l'église.

Le Docteur MOUNIER père arrivait, chaque semaine de Mers-El-Kébir, avec son costume sombre, son chapeau mou, sa barbichette et sa traction noire. Il pratiquait sa consultation, recommandait son remède et revenait la semaine suivante s'enquérir des résultats. Dans notre famille, lorsque nous étions bien plus atteints ou nécessitions un avis différent, il arrivait que l'on fasse appel au fidèle Docteur Auguste PARIENTE, le médecin de famille. Il était parfois consulté pour un avis. Lui, arrivait d'Oran en taxi, c'était un vieux monsieur, soignant selon d'anciennes méthodes très efficaces. Ce qui me surprenait chaque fois, c'était l'absence de stéthoscope. Il se penchait sur le malade et l'oreille sur un linge, il écoutait consciencieusement le cœur et la respiration. Ses remèdes prescrits, mais surtout ses fortifiants, avaient des goûts exotiques, mais toujours efficaces. J'ai retrouvé ces goûts, bien des années plus tard au cours de vacances aux Antilles, en goûtant aux fruits locaux.

Madame VOISIN, la sage-femme, arrivait, elle aussi, de Mers-El-Kébir. Elle assistait toutes les mamans du village, car on naissait à la maison en ce temps-là, directement sur le lieu de consommation et de procréation. Elle a ainsi vu naître toute ma génération et, sans doute, d'autres encore. Je ne sais pas quel moyen de transport elle utilisait, à cette époque. Bien plus tard, elle eut une "2 CV Citroën". J'avais plus de 15 ans et je m'en rappelle bien. À la suite d'une chute à vélo, elle me transporta jusqu'à la clinique Jarsaillon à Oran où l'on réduisit ma fracture de la jambe.

En avril ou mai 1946, le Docteur CEAUX s'installa au village et y resta, même, après l'Indépendance. Cela changea la donne. Il habitait le quartier, il était ainsi bien plus facile à joindre. Du coup, on ne s'en priva pas!

Par contre, nous avions une pharmacie. Le Pharmacien s'appelant M. JOBARD, certaines personnes médisantes, disaient qu'il portait bien son nom. Lorsque M. VIDAL prit la suite, elles poussèrent un "ouf" de soulagement et, au village, tout rentra dans l'ordre, puisque le dentiste M. VASSAS s'installa à son tour !

René Aniorté
(La Lettre d'AÏN-EL-TURCK n° 22)

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Mis à jour le 29/10/2017
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